Monde de flou

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Bah bravo les gars. Chapeau. Vous avez réussi à me faire chier mou, c’est cool. Il fallait bien huit trous de balles de votre espèce pour utiliser des kalachnikovs sur des innocents.
Depuis ce vendredi 13, j’ai remisé l’insouciance dans un placard, histoire qu’elle soit pas trop poussiéreuse quand je la ressortirai en temps utile.

Le temps utile, ouais.
Je ne l’utilise pas à ruminer. Je ne tombe pas dans la haine aveugle. Bon, si j’aimais le foot, je scanderais bien un « DAESH ! DAESH ! ON T’EN-CULE ! », mais je me dis que ce serait un peu trop barbare. Le genre de cris de guerre que vous pourriez mettre au point dans votre coin avec une fierté rythmique et sémantique à peine digne d’un singe neurasthénique.

Le truc positif, si je puis dire, c’est que vous m’avez permis d’y voir plus clair dans ce monde de flou. Vous voyez, plus je vieillis, moins j’aime les gens. Et plus je vieillis, moins j’ai d’espoir. Bah bizarrement, la déflagration de votre acte a soufflé sur les braises de l’espoir, et il faudrait pas grand chose pour que ce feu se ranime. Juste du temps, et j’ai tout mon temps.
L’avantage d’un monde manichéen, c’est qu’il permet de poser des repères simples. En gros et grâce à vous les gars, le monde est beaucoup plus facile à comprendre depuis ce vendredi 13. Je vais pas vous dire merci, mais vous adresser un doigt d’honneur orné de pâquerettes. Doit bien y avoir deux ou trois connards parmi vous allergiques au pollen, donc si je peux rendre service à mon petit niveau…

Notre futur sera moins libre par chez nous. Il va y avoir des concessions que je ne désire pas, des colères que l’on devra surveiller pour ne pas qu’elle empoisonne notre jugement. Un monde où l’on doit garder la tête froide est forcément un endroit un peu moins chaleureux. Mais je peux m’adapter à tout cela. Ce sacrifice, je le rajoute à votre ardoise, on en parlera au moment de l’addition.

Je me suis souvent demandé, depuis ce vendredi 13, quel monde on allait laisser à nos enfants. Je n’en ai foutrement aucune idée. Mais vous venez de créer une génération qui a une cause, un destin. Un truc à défendre. Un truc si important et universel qu’il devrait permettre à chacun de se trouver un intérêt commun, un chemin à suivre. Et, désolé les mecs, mais c’est bien plus qu’un chemin à suivre. On est tellement nombreux qu’on va plutôt parler d’autoroute à suivre. Et cette autoroute, elle nous mènera directement dans votre trou de balle. Je sais pas combien vous êtes exactement, donc je vais compter large. Vous finirez grand max à 10 millions de tarés. Bah le souci devient mathématique pour vous : le reste du monde vous colle au cul. On va arrondir à 6 milliards, c’est la maison qui régale.

Notre vision du monde n’est pas parfaite, j’y vois bien des injustices et on est les premiers à faire de la merde dans des pays qui n’ont rien demandé. Mais là, en ce moment, vous m’obligez à choisir. Et ce que vous faites, votre projet, est indéfendable. Tendre l’autre joue, ça va bien quand on est le fils de Dieu, c’est plus facile avec ce genre de relation. Mais moi, je ne suis le fils de personne. Je ne suis pas une création. Je suis le simple fruit d’un désir entre deux êtres. Je suis comme tous ces gens que vous avez tués avec autant de considération que votre dernière crotte de nez. J’ai beau retourner le problème dans tous les sens, je ne vois rien dans l’Islam qui justifie un tel acte. Donc, pour moi, vous n’êtes pas musulmans, vous n’êtes pas croyants. Je ne sais pas ce que vous êtes, limite je m’en tartine le fion. Tout ça ne m’intéresse plus depuis ce vendredi 13.

Tout ce que je sais, c’est que vous n’avez fait aucune différence. Dans vos cibles, il y avait des jeunes, des vieux, des blancs, des pas blancs, des riches, des pauvres, des musulmans, des pas musulmans, des croyants, des athées, des hétéros, des homos, des vierge, des adultes, des enfants. Ok.
Donc, en France, et dans le monde entier, vous venez de devenir le point commun qui nous unit tous : vous êtes notre ennemi.

Un monde moins flou.

Je sais qu’on n’a pas fini de souffrir et de trembler. Mais on n’a pas fini de rire, de s’amuser, de boire, de baiser, de parler, de débattre et de jouir de la vie. Et à la fin, c’est ça qui l’emportera. Alors allez-y. On vous attend avec le majeur tendu et un verre à la main.

Plus simple, le monde.
Tout ce que vous faites, c’est ce qu’il ne faut précisément pas faire.
Tout ce que vous défendez, c’est précisément ce que l’on doit combattre.
Tout ce que vous exécrez, c’est précisément ce que l’on doit chérir.
Et tout ce que vous détruisez, c’est précisément ce que l’on reconstruira. Encore et encore.
Votre cause est un combat perdu d’avance.

Ceci n’est pas une déclaration de guerre, c’est une lettre de condoléance.

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Une réponse à “Monde de flou

  1. Beau texte, ça me fait penser à une vidéo sur les attentats :
    http://www.huffingtonpost.fr/2015/11/16/john-oliver-paris_n_8573172.html

    HBO normal, ce type vend du rêve en plus. « The fucking Croquembouche »

    « Un monde où l’on doit garder la tête froide est forcément un endroit un peu moins chaleureux. » Très beau !

    En espérant que ce passage éclair n’en soit pas un et que d’autres articles vont pleuvoir sur le Blog, même si je pense déjà connaitre la réponse 😉

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