J’écris, donc j’essuie (des revers) : partie 6

Construction d'une cathedrale - par Jean Fouquet [1470]

Pour lire la partie 5, cliquez sur cette phrase (celle que vous êtes en train de lire en ce moment et qui se termine…. Ici)

Vous avez donc peaufiné votre manuscrit, il vous semble maintenant parfait ; c’est sûr, vous ne pouvez pas faire mieux. Vous avez pensé à tout, dans les moindres détails et vous rêvez à présent de pouvoir l’admirer dans les rayons des libraires.
Pas si vite !

Avant de l’envoyer à un éditeur, il faudrait songer à le faire lire à des tierces personnes qui n’auront pas participé à l’élaboration de votre chef d’œuvre. Je vous l’avoue, l’histoire se complique un peu à partir de ce point.

Théoriquement, les personnes de votre entourage susceptibles de se pencher sur vos écrits vous connaissent. Et si vous pensez à elles, elles vous connaissent plutôt bien et vous apprécient. Sauront-elles se montrer objectives ? Difficile à dire.
Je n’ai pas de recette miracle. Il faut catégoriser vos lecteurs proches (sans le leur avouer, évidemment).

Plusieurs profils peuvent se dégager :

Le lecteur lambda : Lui, c’est simple, il lit de tout et se définit comme plutôt bon public. A fortiori, il aime à peu près tout ce qui lui tombe sous la main, sans vraiment pratiquer de distinction ou d’échelle critique. Il consomme, il prend du plaisir et ne se pose pas trop de questions. Donc, ne vous attendez pas à ce qu’il vous rende une fiche de lecture détaillée, vous ne l’obtiendrez jamais. Demandez-lui s’il a aimé, un point c’est tout. En revanche, ce type de lecteur devrait relever des fautes d’orthographe qui vous avaient échappées. Il est comme ça, il a l’impression (fausse) de ne pas savoir émettre une opinion concrète et argumentée sur votre bouquin, alors il se rattrape comme il le peut. Remerciez-le pour ça, ne lui mettez pas la pression, ne l’harassez pas de questions. C’est un lecteur spontané.

Le lecteur spécialiste : Si votre roman adopte un cadre particulier (militaire, police, historique, social, sportif…), vous aurez peut-être dans votre entourage un spécialiste qui rôde, à l’affût de la moindre erreur commise à propos de sa passion. Il va vous mener la vie dure, mais ce sera bénéfique. Par contre, il risque de vous proposer quelques rajouts parce que, tu comprends, il faut absolument que tu parles de ça, tu vois, c’est hyper important qu’on ne fasse plus d’amalgames entre truc et machin, trop de gens se trompent à ce sujet… Écoutez-le poliment, corrigez uniquement ce que vous avez écrit, et souvenez-vous que le cadre de votre manuscrit n’en constitue pas le fond. Vous avez rédigé un roman, pas un précis détaillé sur le système reproductif de la mouche des bois.

Le lecteur qui écrit, lui aussi : Lui, je l’aime beaucoup. Mais il en existe deux catégories :

- Celui qui a sa propre idée de ce qu’aurait dû être votre roman. Il peut passer des heures à débattre avec vous, à exposer ses théories de long en large, utiliser des termes compliqués… Laissez tomber, vous perdez votre temps.

- Celui qui vous pose des questions à propos de vos thématiques ou personnages. Lui, il faut absolument le chouchouter. Il a lu votre manuscrit, et maintenant il essaye de cerner ce que vous (vous, hein, pas le roman) avez souhaité exprimer. Ce lecteur-là est votre ami. Il ne tente pas de vous piéger. Il veut juger votre roman pour ce qu’il est, pour ce qu’il raconte. Pas pour ce qu’il n’est pas. Il sera capable de mettre en valeur les points positifs (et vous confortera dans ce qui fonctionne, il vous expliquera même pourquoi ça fonctionne), et de pointer du doigt les défauts "objectifs" de votre manuscrit. Quand je parle d’objectivité, ici, je parle du fait que ce lecteur se met à votre place, tout en gardant un œil critique. Il vous placera sûrement face à vos contradictions et ça devrait vous vexer, au début. Arrêtez de faire cette mauvaise tête et remettez-vous en question. Votre ami a de fortes chances d’avoir raison.

Le lecteur cynique : On a tous un ami qui regarde beaucoup de films, lit beaucoup de livres, mais qui globalement n’aime rien. À croire que son passe-temps favori est de relever les incohérences des scénarii, quitte à se montrer de mauvaise foi de temps en temps. Donnez-lui votre manuscrit en pâture, laissez-le le passer à la moulinette. S’il ne trouve rien, vous aurez la certitude que votre intrigue tient la route en matière de cohérence. Pour le reste, n’attendez pas plus de lui.

Et si je n’ai personne dans mon entourage ?

Alors, laissez tomber tout de suite, vous n’y arriverez jamais.

Mais nan, je plaisante. Si personne dans votre entourage ne parvient à vous proposer des arguments constructifs sur vos écrits, tant pis.

Vous passez directement à la prochaine étape (c’est juste en dessous. Après vous, je vous en prie.)

Cibler les éditeurs :

C’est évident, mais il est bon de le rappeler. Il existe un nombre incalculable (enfin, si, mais j’ai la flemme) d’éditeurs d’importances diverses. Ils suivent tous une ligne éditoriale précise facilement identifiable sur leur site, ou simplement en faisant un tour dans une librairie et en examinant ce qu’ils publient. Concrètement, si vous avez écrit un roman de science-fiction, inutile de l’envoyer à un éditeur qui ne publie que des témoignages ou des biographies. Je vous conseille d’écumer Internet et de faire des recherches pour trouver les éditeurs et leurs sites.

Bon, je vous file un coup de main :

cliquez Monseigneur, cliquez !

Elles ne s’y trouvent pas toutes, mais vous avez de quoi faire.

On peut distinguer grosso modo trois tailles d’éditeur :

Les mastodontes :

les plus connues, aussi. Alors elle, c’est assez compliqué de les atteindre. Mais tentez le coup, ce serait dommage de les priver de votre talent. Simplement, ne vous faites pas trop d’illusions.

Les moyennes :

Elles sont assez connues, elles aussi, et se permettent de prendre un peu plus de risques, bizarrement. Attention, être publié chez elles restent très très difficile, mais un peu moins que chez les mastodontes.

Les modestes :

Elles sont légion, s’inscrivent souvent dans un genre littéraire précis, publient cinq à dix romans par an, mais elles sont ouvertes et lisent tout ce qu’on leur envoie (si ça correspond à leur ligne éditoriale). Soyons honnêtes, vous ne risquez pas de vendre beaucoup d’exemplaires de votre roman, parce que la puissance de feu de ces maisons d’édition ne leur permet pas de prendre trop de risques de tirages. En général, elles vont éditer 1000 exemplaires maximum de votre œuvre et ce sera tout. Idem pour la promotion. On n’entendra pas beaucoup parler de vous. Mais je vous renvoie au premier article de cette série : si vous comptez vivre de votre plume et que c’est uniquement ce qui vous motive, vous m’êtes très sympathique, mais complètement à côté de vos pompes.

Warning ! Warning !

Un point important avant de poursuivre : Je vous parle des maisons d’édition à compte d’éditeur. Celles qui prennent tout en charge dans la conception et la mise en vente de votre livre. Vous ne déboursez pas un centime pour être publié. Vous êtes là pour toucher des droits d’auteurs (entre 8 et 10%, d’ailleurs). J’insiste bien sur ce point, car vous trouverez beaucoup de maisons d’édition à compte d’auteur. Un système ubuesque, puisque vous payez très cher pour être publié et vous devez en plus vendre les livres par vos propres moyens. Si vous avez du temps, de l’argent, et un peu de dignité à perdre, allez-y, ces personnes vous attendent avec champagne et cotillons.

Vous pouvez reprendre une lecture normale…

Bien, maintenant que vos recherches vous ont permis de cibler quelques éditeurs susceptibles d’apprécier ce que vous écrivez, compte tenu de leur ligne éditoriale, rendez-vous sur leurs sites.Vous trouverez en général un onglet "contact" en haut à droite (ou alors tout en bas, en petit) qui devrait vous mener à une page extrêmement importante. C’est ici que vous connaîtrez les exigences des éditeurs en matière de présentation et de mise en pages des manuscrits.

Chaque éditeur a ses petites habitudes, c’est comme ça. C’est chiant ? Oui, je sais, mais on n’a pas le choix.

Parce qu’ils ne font pas dans la dentelle, les éditeurs, ma bonne dame. Ils reçoivent plusieurs milliers de manuscrits par an, donc il faut faire un tri d’office. Et si vous envoyez quelque chose qui ne correspond pas à leur exigence de mise en page, ils peuvent logiquement en déduire que vous n’avez peut-être pas non plus vérifié leur ligne éditoriale. Donc, poubelle, et tant pis si vous êtes un génie incompris (et inconnu, par la même occasion). Si vous ne trouvez rien de spécial, aucune demande particulière, je vous conseille la présentation suivante. Times New Roman, en 12 ou 14, interligne 1,5 ou double.
Éventuellement, une marge à droite de 4 ou 5 centimètres pour les annotations de l’éditeur.

Oui, oui, je sais, ça fait gonfler le nombre de pages et donc le prix du papier. Que voulez-vous, la vie est injuste.

C’est aussi sur cette page "contact" que vous saurez comment fonctionne l’éditeur : Le délai moyen avant une réponse ; si les soumissions de manuscrits sont closes pour le moment ; s’ils veulent uniquement des envois par mails ; s’ils veulent un résumé avant de se plonger dans votre récit ; recommandé ou courrier simple ; etc.

"- Ca y est ? C’est bon, ça y est ?

- Non !"

J’ai encore un dernier travail pour vous, et après je vous laisse envoyer votre bébé dans les limbes des maisons d’édition.

Une petite lettre de présentation, ça vous dit ? Non ? Je vous conseille fortement d’en rédiger une pour deux raisons.

La première, c’est que tout le monde n’en fait pas et que ça vous donne un air plus professionnel. La deuxième, c’est que ça montre votre politesse.

Votre lettre de présentation doit tenir sur une page maximum. En premier lieu, vous écrirez un pitch, ou le début de votre roman, et indiquerez dans quel genre vous le placez (sf, fantastique, thriller, polar, littérature blanche…). Vous pouvez aussi expliquer pourquoi vous avez écrit ce roman et ce que vous pensez apporter de neuf dans le genre (mais attention, ne soyez ni pompeux, ni prétentieux. Si vous avez l’impression de l’être, abstenez-vous). Ensuite, vous ferez une courte présentation de vous-même sans trop vous répandre. Votre nom, prénom, âge et vos influences devraient suffire. Si vous avez déjà été publié, précisez les titres, les maisons d’édition et les années de parutions. Évidemment, si vous avez casé 40 nouvelles dans des revues spécialisées, ne les listez pas toutes. Cinq titres et noms de revues montreront votre parcours en "détail", pour le reste, expliquez vous en avez publié une trentaine d’autres, mais que celles-ci représentent celles dont vous êtes le plus fier. Terminez avec les formules de politesse, souhaitez une bonne lecture et il ne vous reste plus qu’à patienter.

Le délai moyen avant une réponse, ou au-delà duquel une absence de réponse équivaut à un «non», est de trois à six mois. Oui, c’est une moyenne allant du simple au double, mais sachez que certaines maisons d’édition peuvent prendre jusqu’à deux ans (!).

Pendant ce laps de temps, votre manuscrit va circuler de mains en mains.

Comme Dante avec les cercles de l’Enfer, il va devoir franchir les cercles de comités de lecture. Il y en a deux ou trois.

Le premier fait le plus gros du tri. Si la mise en page est OK, on lit le début, la fin, on s’attarde sur le style et la syntaxe. Si c’est prometteur, on passe au second cercle.

Ici, on va lire tout votre manuscrit, de la première à la dernière page, et une fiche de lecture sera rédigée. Y figureront le résumé, les points forts, les points faibles et l’appréciation du comité de lecture. Un nouvel écrémage est effectué. Les meilleures œuvres accèderont au troisième cercle.

Là, les directeurs de collection prendront le temps de se pencher sur ce que les comités de lecture auront proposé. Si c’est validé par les directeurs de collection, vous serez contacté par téléphone, ou par mail, et vous serez édité.

Bravo, cela constituera un grand moment de votre vie.

Vous entrerez alors dans une nouvelle étape : celle des retouches à la demande de l’éditeur.

Je ne suis pas une péripatétipute !

Il existe tout un fantasme à ce sujet, avec un éditeur qui voudrait se faire un maximum d’argent d’un côté, et l’auteur/artiste qui se bat pour préserver la pureté de son œuvre et qui campe en face sur ses positions. Je n’y crois pas. La réalité se situe plutôt dans un échange de bons procédés. Si un éditeur a eu un coup de cœur pour votre manuscrit, il n’a aucune raison de le modifier en profondeur. En revanche, il peut devenir pour vous un précieux conseiller (logiquement, ce type est un professionnel) et vous aider à améliorer votre roman. Il faut alors le considérer comme un lecteur très averti, qui saura mettre le doigt sur les faiblesses de vos écrits. Cela peut passer par quelques coupes sur des passages redondants, ou des développements sur des chapitres trop flous. Quoi qu’il en soit, cet éditeur qui se montre prêt à parier sur vous, et qui sait qu’il perdra de l’argent avec votre premier (voire deuxième), livre a perçu un potentiel en vous. Il souhaite développer vos qualités, donc écoutez-le.

Ensuite, le temps de la maquette définitive et du choix de la couverture arrivera pour poser la touche finale sur ce long parcours du combattant que vous aurez finalement boucler haut la main. Au final, entre le premier "oui" de l’éditeur et la sortie dans les rayons, il peut s’écouler presque un an. Croyez-moi, c’est très long, mais ça vaut le coup.

Mon Précieux….

Enfin, il ne restera plus qu’à aller admirer les rayons des librairies. Vous trouverez alors votre précieux ouvrage au milieu d’autres ouvrages. Vous verrez votre nom sur la couverture, vous le parcourez rapidement en vous disant que ces mots-là sont le fruit de votre imagination et de votre travail (surtout de votre travail). Ensuite, les critiques se succèderont, bonnes ou mauvaises, mais vous serez déjà sur un autre projet.

6 responses on “J’écris, donc j’essuie (des revers) : partie 6

  1. Snif, c’est fini…

    C’était assez amusant à lire je dois avouer. A travers ce dernier article (de cette série), on remarque très rapidement que se faire publier relève d’un véritable parcours du combattant. J’en avais déjà conscience, mais là, ça me parais être encore plus compliqué, donc bonne chance aux jeunes écrivains/romanciers !

    J’ai bien aimé, « comme d’habitudeeeee », tes petites touches d’humour et surtout ta catégorisation des lecteurs. Je me suis retrouvé un peu dans chaque lecteur. Lambda : correcteur de coquilles. « Lecteur qui écrit lui aussi » (mais je n’écris pas) : « – Celui qui vous pose des questions à propos de vos thématiques ou personnages. […] Il a lu votre manuscrit, et maintenant il essaye de cerner ce que vous (vous, hein, pas le roman) avez souhaité exprimer ». Lecteur cynique : C’est moi ! Enfin un petit peu, légèrement, de très loin, a des années lumières…

    Maintenant petite séquence questions : Pour ton premier roman, quel a été le délai d’attente entre l’envoi et la publication de ton œuvre ? Dans quelle "taille" d’éditeur as-tu eu la chance d’être publié ? Et pour finir, bravo pour cette série d’article, ô combien intéressante ! Oui ce n’est pas une question, je sais.

    Ah si, dernière petite chose. Je croyais avoir relevé une coquille sur « scenarii », mais ça me paraissait gros comme erreur. Et damned ça n’en est pas une ! J’ai cherché et suis tombé sur ça (source Wiki… oui trash) : « Forme italianisante du pluriel de scénario. Note d’usage : son utilisation peut paraître prétentieuse, voire pédante. Le pluriel le plus habituel étant scénarios. ». Han, tu rends compte, t’es prétentieux et pédant ;) .

    Ps : je ne suis pas un pro de l’orthographe/grammaire/conjugaison, t’as dû le remarquer, mais ce n’est pas « admirer » plutôt ? « Et vous rêvez à présent de pouvoir l’admirez dans les rayons des libraires. »

  2. Oui, c’est fini… Enfin, presque, peut-être que je rédigerai des articles ciblés sur des point précis. Je ne sais pas encore.
    Et oui, se faire publier est assez difficile, mais pas impossible, donc il faut perséverer. Je pars du prinicpe qu’ on est jamais mieux servi que par soi-même, donc j’écris les histoires que j’aimerais lire. Ensuite, si je la trouve interessante, je passe à l’étape "tentative de publication". Chaque chose en son temps. Et puis terminer un manuscrit est déjà très gratifiant.

    Pour les lecteurs types, je crois que je me retrouve dans chacune des catégories, moi aussi. Je suis un concentré du lecteur qui écrit et du lecteur cynique. Mais je suis fier de dire qu’il n’existe aucune incohérence ni deus ex machina dans mes romans.

    Poiur scnéario/scénarii, au temps pour moi. Flûte, je suis pédant ! En vérité, j’ai toujours entendu ça et je crois me souvenir qu’une de mes profs de lettres à la fac nous reprenait et disait "scénarii". Après recherches, il semble que l’Académie Française a tranché : on dit bien "des scénarios", donc il faut que je perde cette mauvaise habitude. Par souci d’honnêteté, je ne corrigerai pas l’article surce point. Par contre, l’autre coquille que tu as relevée est corrigée.

    Pour mon premier roman, c’était une "modeste" mais avec une "aura" plutôt positive (une image de qualité) dans le genre litteraire que j’affectionne (le fantastique), et j’étais super fier.
    Si je me souviens bien, il s’est passé quasiment 10 à 12 mois entre l’envoi du manuscrit et la mise en rayon. Le truc, c’est qu’un éditeur a un programme de publication défini pratiquement un an à l’avance, donc tout se décale de douez mois. J’ai eu une confirmation il y a un mois qu’un de mes manuscrits allait être publié…. En 2014. Donc, qu’est-ce que je fais en attendant ? J’écris et je propose à d’autres maisons d’édition…. Et ainsi de suite.

    Bref, content de tes retours sur cette série d’articles. C’est vrai que je me suis bien amusé â les écrire et tant mieux s’ils trouvent une utilité.

  3. Une autre chose que je trouve assez "choquante", c’est les droits d’auteurs : "Vous êtes là pour toucher des droits d’auteurs (entre 8 et 10%, d’ailleurs)." Certes ça coûte entre l’impression, la promo (quand il y en a), la mise en vente… mais bon dieu, que c’est peu ! L’œuvre vient de l’auteur, je veux dire le contenu, le roman quoi. Sans eux il n’y aurait même pas de maison d’édition et il ne touche que 10% ? C’est assez violent je trouve.

  4. Oui, c’est pour ça qu’il ne faut pas écrire pour l’argent. En revanche, le systeme de droits d’auteur est un peu plus complexe. Plus tu vends, plus ce pourcentage augmente, mais je ne crois pas qu’on dépasse les 15 ou 20%. Après, quand tu écris des best sellers, ça devient plus nébuleux, mais c’est clair, tu gagnes très bien ta vie. Au final, je crois que moins de deux milles personnes en France vivent de leur plume. Et quand je parle d’en vivre, ce n’est pas forcément une fortune.
    Stephen King a une phrase très bien à ce sujet. De mémoire : "Si vous écrivez des romans, que vous recevez un chèque pour ça, que ce chèque n’est pas en bois, et que vous puvez subvenir à vos besoins avec, alors je pense que vous êtes un romancier de talent."
    Ça peut paraître très prosaïque, mais au final, quand on prend du recul, je trouve ça assez vrai. Ça ne signifie pas que lorsqu’on ne vit pas de sa plume, on n’est pas talentueux. Sinon, je serai à titre personnel très déprimé. Mais ça permet de relativiser sur les polémiques quant aux qualités artistiques et litteraires des gros vendeurs de livre en France. Un mec comme Guillaume Musso est en tête des ventes. À titre perso, je n’aime pas ce qu’il écrit, et je pense qu’il se fout totalement de mon avis (il a bien raison) mais je ne peux pas affirmer que ce mec n’a pas un certain talent. Il le dit lui-même : il n’est pas un écrivain, il raconte simplement des histoires. C’est pour ça que je faisais un distingo entre ecrivain et romancier. Les plus talentueux allient ces deux qualités. Ils sont rares. Musso, à mon avis, n’en fait pas partie. Mais je pense qu’il a une certaine intelligence pour capter quelque chose de l’imaginaire collectif, et que les gens se plaisent à retrouver dans ce qu’il écrit.
    Et pour revenir à ta question, Musso doit clairement toucher bien plus que 8% de droit d’auteurs :-)

  5. Moi je ne trouve pas ça "normal", car sans auteurs la maison d’édition ne se ferait pas d’argent. Or c’est eux qui en touchent le plus. Il y a plein d’autres exemples dans le genre, comme la musique entre autre. Bon la musique c’est différent, mais l’argent que fait l’artiste sur un CD par rapport au prix final est vraiment dérisoire. Pour en revenir aux écrivains/romanciers, le rapport temps de travail/bénéfice pour une grande partie d’entre eux ne sera pas profitable. Comme tu l’as précisé écrire un roman peut prendre un temps fou. Il faut se documenter, faire des recherches etc. Et au final quand on va dans une maison d’édition on nous dit en gros : « Merci pour votre livre et votre travail, on va prendre une bonne part des bénéfices et on vous lâche 8 à 15%. Ça vous va ?! Ok, c’est parti ! ». Donc oui, il vaut mieux ne pas écrire pour l’argent.

    Musso, Musso… Je ne vais pas être très objectif étant donné que c’est à des années lumières de ce que j’aime. Une chose est sûre, c’est que le nombre de livre vendu n’est certainement pas un gage de qualité. J’ai l’impression que Musso cible ses lectricES. Au hasard… ménagères de moins de 50 ans ! Ça parle d’amour à tout va et plait énormément aux femmes. Pour exemple, ma mère lis en ce moment même un de ses romans et plus de la moitié de ses copines aussi… J’ai l’impression que ceux qui se font le plus d’argent en France n’écrivent pas forcément les meilleurs bouquins, même s’il y a des exceptions. Alors que certains genre littéraire moins apprécié du public et donc moins ciblé (mais tout aussi noble) font peu de chiffre, d’autres favorisent la « facilité » pour faire de l’argent. Une grande partie des auteurs ne bénéficient pas assez « des feux de la rampes » simplement parce qu’ils se classent dans un registre particulier. Et c’est bien dommage.

  6. Au sujet de Musso (bon, je ne suis pas là pour le défendre, hein), parfois je pense la même chose que toi, et parfois je me dis aussi qu’écrire un roman prend du temps et que je ne sais pas si on peu se montrer aussi calculateur pendant une période si longue. A la limite, je pense qu’on peut affirmer qu’il n’évolue pas. Je pense qu’il aime ce qu’il écrit et que, coup de bol, les fameuses ménagères adorent ces livres ; mais il ne se remettra sûrement pas en question, parce qu’il a trouvé un genre de recette.
    Est-ce que les auteurs qui vendent le plus n’écrivent pas forcément les meilleurs bouquins ? Non, bien sûr, mais c’est pareil en musique ou en cinéma. On ne juge pas la qualité d’une oeuvre uniquement à sa popularité. Pour les "feux de la rampe", oui c’est certain. Le problème c’est que la littérature de "genre" a été popularisée par les auteurs anglo-saxon (que ce soit en SF, en Fantastique, en Thriller, etc.) et que les maisons d’éditions française préfèrent publier des traductions de ces auteurs plutôt que de mettre en avant des nouveaux talents nationaux. C’est tout simplement moins risqués, moins cher, et plus rentable. Alors, je suis le premier à trouver ça frustrant, mais bon…

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